Les échos de Ninh Binh

Le mégaphone grésille. Une voix monotone s’échappe, résonne dans l’air et vient se briser sur les versants des rochers calcaires, créant un écho supplémentaire dans la vallée.

Il est 5h du matin.

***

On essaie d’y voir quelque chose

Le jour ne s’est pas encore levé quand la voix s’élève au-dessus de notre chambre. Elle me surprend comme si l’on m’avait transporté dans un monde féérique pendant mon sommeil, me désorientant un instant. Elle parle sans jamais fléchir, d’une intonation ni joyeuse ni vindicative. Elle parle seulement. J’essaie de me rendormir, mais la voix hante la chambre, rebondit sur les murs et jusque dans mon crâne, narguant chacune de mes respirations. Tilo ne bouge pas. Ses inspirations sont toujours aussi profondes.

Après une éternité, qui n’a duré finalement qu’une trentaine de minutes, la voix s’éteint soudainement. J’ouvre les yeux rapidement et me retourne, prête à me rendormir. Mais une musique s’élève, encore plus forte et plus effrontée. Je jette un œil à la fenêtre, le ciel se grise petit à petit et j’aperçois une colline au loin. Je n’arrive pas à localiser les haut-parleurs mais il se pourrait qu’ils soient accrochés à nos rideaux. Il est 6h.

Je crois avoir abandonné l’idée de me rendormir mais je réalise que je sors petit à petit d’un état d’inconscience lorsque j’entends au loin un coq chanter de toute son âme. J’essaie de deviner l’heure. Je n’ai pas pu dormir plus de quinze minutes. Mais le ciel est bien plus clair, bien que toujours asphyxié par une fine couche de brume, qui semble vouloir dominer Ninh Binh indéfiniment. J’allume mon téléphone. Il est 7h15.

Je soupire et décide qu’il est trop tard pour se rendormir. J’hésite à me lever un instant, m’habiller et descendre, mais je ne me résous pas à laisser Tilo, qui n’a toujours pas bougé. Quand enfin sa respiration devient un peu moins régulière, signe d’un réveil proche, des gongs et des chants s’élèvent au loin. C’est la période de Têt, les temples et habitations se préparent. La plupart des Vietnamiens sont levés dès 5h, la voix leur servant de réveil matin psalmodique. Certains sont allés marcher, tandis que d’autres préparaient leur boutique pour l’ouverture. Mais maintenant qu’il est 8h, il est temps d’honorer les ancêtres et les dieux.

***

Il est 7h15

Toute la journée sera ainsi rythmée, car il n’existe pas de silence sur ces terres. Sans cesse, c’est une moto qui klaxonne, un bus qui vrombisse à toute vitesse, deux hommes qui crient pour se parler, un chien qui aboie contre des touristes, des élèves qui jouent sur le terrain de foot. Un bébé qui pleure. De l’eau qui s’écoule quelque part. Encore des gongs. Des radios ambulantes. Des bruits de casserole. Une douche. Un coq. Un autre Vietnamien qui crie.

11h, 15h, 17h…Quand la nuit tombe, le rythme s’accélère et les voix se font plus fortes, les rires fusent, la musique est mise à fond.

Nous rentrons de notre journée, la tête en sourdine mais les yeux illuminés. C’est un village qui vit. C’est un peuple qui crie. C’est une terre qui respire. Je me couche et mets mes écouteurs. Après quelques minutes, je décide que finalement, le bruit des pas dans les escaliers ne sont pas si gênants que cela. Je range mes écouteurs, et m’endors rapidement, au son de Tilo qui ronfle déjà, légèrement.


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