Balboa l’éveillée

A peine assoupie sous un soleil de plomb,
l’avenue Balboa s’éveille en mille éclats quand la lune monte.


Petit à petit, le feu du ciel s’éteint et ses braises laissent au-dessus de la vieille ville, tout là-bas, un sentiment d’apaisement. Cilo et moi arrivons devant la marina, un peu hésitants sur le chemin à prendre. A gauche, les immeubles du quartier Punta Paitilla sont trop proches pour que la promenade soit suffisamment longue. Nous décidons d’aller à droite, vers la vieille ville encore lointaine. Il est 18h30, je pensais que j’aurais froid, frileuse comme je suis depuis que je vis dans la Caraïbe, mais en vérité Panama City est encore chaude. La marche nous donne encore plus chaud. Nos pas sont déterminés et rapides : nous ne voulons pas rater les dernières lueurs du jour qui éclaireront les lettres colorées de la ville. P-A-N-A-M-A. Quelques enfants jouent autour des A, sautent et rient. L’ambiance est douce, il n’y a aucune frénésie, mais je peux sentir quelques émotions d’excitation sur PANAMA. Après avoir tenté de prendre une photo seule sur ces lettres symboliques (impossible), nous décidons de poursuivre notre chemin sur la promenade qui s’allonge entre l’océan et le boulevard.

La nuit tombe. L’avenue Balboa s’éveille.

Avenida Balboa – vue sur Punta Paitilla (la lumière est un écran géant) ©KickaOdisea

Alors que les braises célestes se tamisent un peu plus, le sentier s’emplit de plus belle. Joggeurs, rollerskaters, familles, solitaires, amoureux, touristes, citadins… Toute la population est ici représentée et se mélange comme un arc-en-ciel humain qui ferait le pont entre Casco Antiguo et Punta Paitilla. Nous faisons partie d’une chaîne historique qui relie la veille ville aux quartiers modernes. Cette masse de vertébrés en multicolore, de peaux et d’habits, se meut en harmonie en dépit des mouvements qui partent dans tous les sens – courant, roulant, s’asseyant, pausant, en face, derrière, à droite, à gauche …  Je sens les vibrations de chairs, de cordes vocales et d’oxygène remplissant les poumons. Elles m’énergisent et me rendent plus vivante que jamais.

Avenida Balboa – vue sur la vieille ville ©KickaOdisea

L’effervescence me gagne au fur et à mesure que nous longeons les blocs de verdure d’un côté et les palmiers qui bordent la mer de l’autre. Nous n’entendons pas le flot de voitures qui déboulent à toute vitesse sur la grande voie que borde la promenade. Les froissements des palmiers, les cris des enfants et de leurs parents, les cliquetis des caméras, les pas de coureurs sur le pavé, les roues des cyclistes sur le bétume, les oiseaux qui ronronnent, le rire qui est en moi, le bonheur qui irradie. Voilà la musique que j’entends.

Une rosalie s’arrête près de nous et nous montons pour conduire plus vite encore sur la piste cyclable. Nous n’allons pas assez vite pour que le vent malmène mes cheveux et qu’il rafraichisse nos nuques. Mais nous roulons avec une joie d’enfants et des sourires jusqu’aux oreilles. Je lâche de temps en temps le volant pour prendre quelques photos. Evidemment, nous roulons suffisamment vite pour qu’elles sortent toutes floues.

Avenida Balboa – vue sur Casco Antiguo (la vieille ville) ©KickaOdisea

Au bout d’un chemin, s’ouvre à nous un univers nocturne détonant, tournant autour de lui-même, constellé de lumières artificielles, entremêlé de vendeurs, passants, joueurs et enfants, pris au piège entre le calme authentique de Casco Antiguo, les feux d’artifice de Punta Paitilla et les trombones des automobiles. La place grouille comme un dimanche matin au marché. Il est 19h30.

Les enfants s’aggrippent, glissent et sautent sur quelques aires de jeux pendant que les parents assis sur des bancs s’agitent autour de sujets aussi vieux que le monde. Nous, nous restons là, sur la rosalie, à observer ce qui pourrait être dans une autre vie : deux enfants, un chien, un appartement dans la ville, des joggings le soir en sortant du travail, des sorties le vendredi soir avec la famille sur l’avenue Balboa, qui, tout comme ces enfants turbulents, restent inexorablement éveillée. Une glace achetée 2 dollars. Un vélo tombé à terre. Un sanglot qui éclate. Des bulles qui volent, s’échappant à l’emprise illusoire des petits qui courent après. Nous sommes dans cette bulle. Moelleuse, chaude et humide. Mais légère.

Place des jeux ©KickaOdisea

Nous roulons de nouveau pour atteindre le marché aux poissons. Ici aussi, c’est une aire de jeux, mais cette fois pour les grands. Ecrans de télévision, grandes tablées de Panaméens qui parlent fort et rient gras. L’odeur du poisson mort depuis quelques heures. La police qui tourne. Alors qu’à la marina plus tôt, avant que le soleil ne disparaisse, tout était emprunt de délicatesse et d’un certain air élitiste, ici, le populaire gagne les coeurs et les esprits, pour échauffer la nuit qui ne fait que commencer. Pourtant, nous sommes dans la même avenue…

Après un demi-tour dangereux, à éviter des enfants inattentifs et un SUV de police, nous reprenons l’avenue Balboa pour rejoindre nos amis restés aux toboggans. La remontée est splendide. Les palmiers à droite dansent légèrement. Les flambeaux à gauche dansent aussi devant mes yeux émerveillés. Et devant, la ville moderne éclate comme mille étoiles parsemant notre microcosme. Nous continuons de pédaler mais l’avenue pourrait être infinie, comme la Voie Lactée. C’est comme être dans le magicien d’Oz version 21ème siècle. Ensorcelant.

Avenida Balboa – la promenade entre le marché de poisson et la marina ©KickaOdisea

Quand y suis-je allée : Février 2018
Ce que vous aimerez sûrement – faire l’avenue en rosalie : ces petits quadricycles sont sympas pour les familles. Ils peuvent prendre jusqu-à 4 adultes et les enfants peuvent monter à l’avant. On a fait la course entre les arbres et les passants…C’est juste fun.
Minute savante : l’avenue est nommée en honneur de Vasco Núñez de Balboa, conquistador espagnol qui fonda la première ville permanente du Nouveau Monde, au Panama. Il fut également le premier à découvrir le Pacifique depuis les Amériques. Le Balboa est aussi la monnaie officielle du Panama, avec le dollar américain. Il n’en existe que des pièces (1$ et moins).

Plus de photos : [Instagram]

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