Viejo San Juan, Quiero volver, Quiero volver

La peau brûlée frémit sous les caresses du vent et les effluves de la mer. Les remparts ne protègent pas du soleil. Ils ne tiennent que pour rappeler l’histoire d’une île espagnole, devenue américaine, mais restée caribéenne.


La fontaine Raices ©KickaOdisea/JungleLily

Jungly et moi prenons quelques photos près d’une fontaine, pause mouillée bien méritée après que nous ayons longé l’avenue qui mène du quai des croisiéristes vers el Paseo del Morro. Quelques minutes avant, au Paseo de la Princesa, les statues et les arbres étaient des protecteurs bienveillants, mais aucun n’a pu apaiser la chaleur qui nous gagnait. A la fontaine, l’air est déjà moins lourd. L’esplanade s’ouvre sur la mer et permet volontiers aux alizés de nous soulager un peu, pour admirer le paradoxe de la sculpture qui symbolise la lutte et l’harmonie entre les peuples amérindiens, espagnols et africains.

La promenade del Morro nous ramène aussi en des temps coloniaux avec ses lampadaires européens et ses pavés contemporains. Nous aurions pu nous poser la journée, à écouter les éclats de voix, le vent qui souffle entre les pierres et la musique qui se devine des bâtisses perchées derrière le mur. Mais l’expérience del Morro, c’est el paseo – la promenade. Donc nous marchons, malgré le soleil qui nous fait souffrir. Quelques fois, je m’appuie quelques instants sur le mur. Je reprends mon souffle interrompu par la beauté du paysage. Je me permets de retrouver mes esprits pour avancer de nouveau, lentement, au rythme des vagues que nous pouvons ressentir. Mes sentiments sont confus. Je me sens caribéenne car les palmiers qui se dessinent de l’Isla Cabras de l’autre côte de la baie, me réclament #CaribbeanLife. Mais je me sens aussi européenne, en quelque sorte, venue d’un monde d’antan qui s’est transporté jusqu’ici, peut-être violemment, mais qui a prospéré jusqu’à des temps plus pacifiques.

El paseo del Morro ©KickaOdisea

Au bout de la promenade, les lianes d’un banian apportent enfin une retraite ombragée. L’eau de nos bouteilles se vide. Les jambes se décompressent. La peau se rafraîchit. On attend. On n’attend rien. Le temps passe et on reste sur place. Envahies par cette ambiance métissée – européenne et caribéenne ; ancienne et moderne ; romantique et trendy ; authentique mais touristique – le répit nous emmène hors du temps …

Pourtant au Vieux San Juan, on veut tout voir, tout découvrir, tout percevoir. Les ruelles regorgent de petits recoins colorés et de bancs tranquilles, de niches musicales et de signes spirituels. Nous ne devons absolument pas fermer les yeux, ni oublier de respirer. La journée n’est pas terminée. Et nous savons qu’à la fin de ce jour, la veille ville n’aura révélé que la moitié de ses trésors.

Nous traversons la Porte de San Juan et remontons une allée flanquée de maisons plus bleues, plus jaunes et plus ocres les unes que les autres, étreintes et chatouillées par une rangée d’arbres impénétrables. Imaginez derrière les balustrades et les volets entrouverts, une écrivaine perdue dans ses mémoires, un enfant repu au tembleque, un vieil homme comblé par un cigare. La vida tranquila.

Près du Parc de las Palomas ©KickaOdisea

Nous continuons d’errer ainsi de rues en rues, sans rien chercher si ce n’est les secrets que nous suspectons. Attirées par quelques notes qui s’élèvent au détour d’une maison rose, nous tombons sur un petit chemin sans issue. Au delà, c’est encore la muraille. Mais dans ce chemin, un homme à terre, guitare à la main, fredonne quelques mélodies. Au tempo du bolero, mojito aux lèvres, coeurs réchauffés, nous restons ici éternellement. Quand je reprendrai l’avion quelques jours plus tard, la seule chose qui me hantera encore, sera cette rengaine : « Quiero volver, quiero volver… Libre tu cielo, sola tu estrella, isla doncella, quiero tener, verde luz de monte y mar. » *

Je veux revenir.


Quand y suis-je allée – Août 2016
Où ai-je dormi – Wind Chimes Boutique Hotel (👍)
Ce que vous aimerez sûrement – le quartier qui m’a vraiment inspiré : tout le triangle sud qui rattache les points du Paseo de la Princesa, de la Porte de San Juan et de la Casa Alcadia.

* Verde Luz d’Antonio Caban Vale (« Je veux revenir, je veux revenir … libre ton ciel, seule ton étoile, île vierge, je veux avoir, la lumière verte des monts et de la mer.« )

4 commentaires sur “Viejo San Juan, Quiero volver, Quiero volver

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